Viticulture héroïque aux Cinque Terre : le vin cultivé entre montagne et Méditerranée

Aux Cinque Terre, certaines vignes semblent défier la géographie. Elles occupent des terrasses étroites accrochées aux versants de la côte ligure, parfois plusieurs centaines de mètres au-dessus de la Méditerranée.

Viticulture Heroique Cinque Terre Ligurie
Culture de la vigne en restanque dans les Cinque Terre

Ici, oubliez l’image du tracteur parcourant de longues rangées parfaitement alignées. Le vignoble prend la forme d’un escalier géant. Les parcelles sont petites, les accès difficiles et une grande partie du travail repose sur l’intervention humaine.

Cette agriculture porte un nom : la viticulture héroïque.

L’expression prend tout son sens aux Cinque Terre. Pendant des siècles, les habitants ont façonné les pentes afin d’y planter la vigne. Ils ont bâti des terrasses soutenues par des murs en pierre sèche, développé des méthodes adaptées aux fortes déclivités et organisé le transport du raisin sur un relief peu compatible avec la mécanisation.

Le résultat dépasse largement la bouteille. La vigne fait partie de l’identité visuelle, agricole et culturelle des Cinque Terre.

Qu’est-ce que la viticulture héroïque ?

La viticulture héroïque désigne la culture de la vigne dans des conditions géographiques rendant le travail agricole particulièrement complexe.

Les critères généralement retenus incluent une pente supérieure à 30 %, une altitude supérieure à 500 mètres hors plateaux, la culture sur terrasses ou gradins et la viticulture pratiquée sur de petites îles.

Vue vignoble Cinque Terre
Vue spectaculaire du vignoble des Cinque Terre

Un vignoble n’a donc pas besoin de réunir tous ces critères.

Aux Cinque Terre, le caractère héroïque vient avant tout des terrasses, des fortes pentes, de la fragmentation des parcelles et des contraintes d’accès.

Le terme « héroïque » ne décrit donc pas un style de vin. Il décrit les conditions de production du raisin.

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Pourquoi la viticulture des Cinque Terre est-elle si difficile ?

Regardez une photographie des collines situées au-dessus de Manarola, Riomaggiore ou Vernazza. Vous comprendrez immédiatement le problème.

Les montagnes tombent à pic vers la mer.

Pour cultiver ces versants, des générations d’agriculteurs ont transformé les pentes en une succession de bandes cultivables. Ces terrasses forment parfois des parcelles larges de quelques mètres.

Le plan de gestion du territoire UNESCO recense environ 370 hectares de systèmes en terrasses, répartis entre 2 et 620 mètres d’altitude. Certaines zones atteignent des pentes considérables. Une grande partie des terrasses bénéficie d’une exposition sud, sud-est ou sud-ouest.

Chaque intervention devient alors une opération logistique.

Il faut rejoindre la parcelle, transporter le matériel, entretenir les pieds de vigne, surveiller les murs, récolter les grappes et acheminer le raisin jusqu’au lieu de vinification.

La distance mesurée sur une carte raconte donc mal l’effort nécessaire.

Deux parcelles séparées de quelques centaines de mètres impliquent parfois des conditions de travail radicalement différentes.

Les terrasses, architecture agricole des Cinque Terre

Sans terrasses, le vignoble historique des Cinque Terre aurait une tout autre physionomie.

Le principe consiste à transformer une pente en une succession de surfaces cultivables soutenues par des murs. Les pierres sont traditionnellement assemblées sans mortier dans les ouvrages en pierre sèche.

Vignoble des Cinque Terre
Vignoble des Cinque Terre

Ces murs remplissent plusieurs fonctions.

  • Ils retiennent la terre.
  • Ils facilitent l’écoulement de l’eau.
  • Ils limitent l’érosion.
  • Ils rendent la culture possible sur des versants autrement difficiles à travailler.
  • Ils structurent enfin le paysage associé aujourd’hui aux Cinque Terre.

Certains murs soutiennent des terrasses d’environ 1,5 à 3,5 mètres de hauteur. La largeur des surfaces cultivées varie fortement, avec des bandes parfois étroites.

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Vous ne regardez donc pas un décor naturel au sens strict lorsque vous observez les coteaux viticoles des Cinque Terre. Vous regardez un paysage construit par des siècles de travail agricole.

Pourquoi les murs en pierre sèche sont-ils si importants ?

Un mur en pierre sèche n’est pas un élément décoratif ajouté pour donner du charme aux sentiers.

Il participe au fonctionnement du versant.

La technique repose sur l’agencement des pierres et sur le savoir-faire du bâtisseur. L’absence de mortier favorise notamment le passage de l’eau à travers la structure.

L’entretien devient permanent.

Une pierre bouge, une portion du mur se fragilise, la végétation s’installe ou des pluies intenses affectent la structure. Une intervention devient alors nécessaire.

La conservation des vignobles et celle des terrasses sont ainsi étroitement liées.

L’abandon agricole entraîne un problème dépassant largement la disparition de quelques bouteilles de vin. Il touche directement l’entretien d’un paysage façonné par l’homme.

Depuis quand cultive-t-on la vigne aux Cinque Terre ?

La relation entre les habitants et la vigne remonte au Moyen Âge, avec un développement important des cultures sur terrasses à partir des environs du XIe siècle.

La viticulture a longtemps constitué une activité économique majeure pour les communautés locales.

Cette lecture historique change votre regard sur les villages.

Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore sont aujourd’hui associés aux vacances, aux sentiers et aux panoramas maritimes. Leur histoire reste pourtant profondément rurale.

Avant l’économie touristique actuelle, la montagne cultivée occupait une place centrale dans la vie locale.

La vigne raconte donc une autre histoire des Cinque Terre, celle des paysans de la côte.

Quels raisins trouve-t-on dans les Cinque Terre ?

Trois cépages blancs sont étroitement associés aux vins locaux :

  • Bosco
  • Albarola
  • Vermentino

Le cahier des charges actuel de la DOC autorise Bosco, Albarola et Vermentino bianco, utilisés seuls ou ensemble, pour un minimum de 80 % de l’assemblage. D’autres cépages blancs admis en Ligurie entrent dans la composition dans une limite de 20 %.

Cette règle mérite votre attention, car certaines présentations anciennes donnent des proportions fixes entre les trois cépages. La réglementation actuelle laisse davantage de latitude aux producteurs.

Le Bosco, cépage emblématique des Cinque Terre

Le Bosco occupe une place particulière dans l’identité viticole locale.

Il est intimement associé au Cinque Terre DOC et au Sciacchetrà. Son adaptation au territoire et son histoire locale en font l’un des raisins à connaître avant une dégustation.

Selon les assemblages et les méthodes de vinification, les producteurs recherchent des vins capables d’exprimer fraîcheur, structure et caractère méditerranéen.

Le Vermentino apporte un registre familier aux amateurs de vins blancs méditerranéens, tandis que l’Albarola participe à l’identité traditionnelle des assemblages ligures.

Le vin des Cinque Terre ne repose donc pas sur un cépage international importé afin de répondre à une mode. Son intérêt réside largement dans cette association entre variétés locales, relief et pratiques agricoles.

La monorotaia, l’outil devenu symbole des vendanges

Parmi les images les plus étonnantes de la viticulture locale figurent les petites monorails agricoles.

En italien, vous entendrez parler de « monorotaia ».

Cinque Terre les vignes et la mer
Cinque Terre : les vignes et la mer

Ces installations circulent sur des rails étroits installés au milieu des terrasses. Elles servent au transport du raisin, du matériel et parfois des travailleurs selon les équipements.

Avant leur installation, le déplacement des récoltes reposait largement sur la force humaine et sur différents systèmes de transport adaptés au relief.

La monorotaia ne transforme pas les Cinque Terre en vignoble mécanisé.

Elle réduit une partie de la difficulté logistique.

Les vendanges restent intimement liées au travail manuel.

Viticulture héroïque aux Cinque Terre : les chiffres à retenir

  • 30 % : seuil de pente entrant dans les critères classiques de la viticulture héroïque.
  • 500 mètres : seuil d’altitude également utilisé dans ces critères, hors plateaux.
  • Environ 370 hectares : surface des systèmes en terrasses recensés dans le plan de gestion du territoire UNESCO.
  • 2 à 620 mètres : amplitude altitudinale observée pour ces terrasses.
  • 80 % minimum : part cumulée de Bosco, Albarola et Vermentino bianco prévue dans la DOC actuelle.
  • 9 tonnes par hectare : rendement maximal en raisin prévu pour le Cinque Terre DOC et le Cinque Terre Sciacchetrà DOC.
  • 70 % : rendement maximal du raisin en vin pour le Cinque Terre DOC.
  • 32 % : rendement maximal pour le Cinque Terre Sciacchetrà.
  • 1973 : année de reconnaissance initiale de la DOC.
  • 1997 : inscription du paysage culturel des Cinque Terre et de Porto Venere au patrimoine mondial.

Quelle différence entre Cinque Terre DOC et Sciacchetrà ?

Le Cinque Terre DOC est principalement connu comme vin blanc sec.

Le Cinque Terre Sciacchetrà DOC appartient à la famille des vins obtenus à partir de raisins séchés après récolte.

Les deux partagent le même territoire et les cépages emblématiques locaux, mais leur méthode d’élaboration et leur profil diffèrent nettement.

Si vous souhaitez comprendre le vignoble, dégustez les deux.

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Commencez par un Cinque Terre DOC sec. Observez sa fraîcheur, son fruit et sa finale sapide.

Passez ensuite au Sciacchetrà. Vous percevrez la concentration apportée par le séchage des raisins et le changement complet de registre aromatique.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération

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